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Encore un mort impliquant la police, à Marseille

Encore une vie fauchée lors d’un banal contrôle routier. Cette fois, par un policier municipal.

Un détail qui n’en est pas un.

En France comme dans la plupart des démocraties, les forces de l’ordre ont pour rôle de protéger la population, faire respecter la loi et intervenir en cas de danger. L’usage de la force est strictement encadré par la loi, et considéré comme un ultime recours, par exemple en cas de légitime défense ou pour empêcher un danger grave et immédiat.

Pourtant cette loi de 2017 sur l’usage des armes est parfois interprétée par les policiers comme « presque un permis de tuer ». Elle traduit en réalité un déplacement plus profond : une transformation de la manière dont un régime politique organise, légitime et rend pensable la violence exercée en son nom. Ce qui est en jeu n’est donc pas seulement l’extension des prérogatives policières, mais une redéfinition du cadre dans lequel la violence d’État est appréhendée, évaluée et jugée. Dans cette perspective, une réforme de la loi de 2017 apparaît nécessaire afin de réinterroger ces équilibres.

Mais aujourd’hui, encore, la police utilise son arme alors qu’il semble qu’il n’y ait pas de danger réel. La police municipale, à Marseille, a tiré 3 coups mortels. Pourtant sa mission est claire, c’est celle prévenir, réguler, apaiser les situations complexes. Elle est là pour assurer la tranquillité publique, mais, pas faire usage d’armes à feu lors d’un banal contrôle routier pour usage de téléphone au volant.

Le jeudi 23 avril, dans le 11e arrondissement de Marseille, Mehdi, un homme de 26 ans a été abattu. Trois balles. Trois tirs pour mettre fin à une vie. Selon les informations de Marsactu et Mediapart : « la victime a été menottée au sol après avoir été touchée par trois balles ».

Une enquête a été ouverte et confiée à la division de la criminalité territoriale. Comme souvent, il faudra attendre pour comprendre précisément ce qui s’est passé. Comme souvent, une famille, elle, n’attendra pas, elle pleure la mort d’un proche.

On nous dira l’automobiliste aurait quitté son véhicule avec un couteau. On nous dira qu’il y avait un danger. Peut-être.

Mais une chose est déjà certaine une famille est anéantie.

Et pendant que la vérité se fait attendre, les réflexes, eux, sont immédiats. Le maire, Benoît Payan, affirme que la Ville « se tient à la disposition de la justice ». Dans le même souffle, il salue « le courage des agents ». Un discours qui, une fois de plus, met en avant les forces de l’ordre au moment même où une vie vient d’être fauchée. Toujours le même déséquilibre. Toujours la même priorité donnée au récit policier.

Mais il faut aller plus loin. Car ce drame n’est pas seulement un fait divers. C’est le produit d’un choix politique.

Depuis 2020, le Printemps marseillais, qui se présente comme une alternative « progressiste » à la droite sécuritaire, a fait de la police municipale un des piliers centraux de son action. Une coalition élue se présente comme une alternative à la droite sécuritaire et, une fois au pouvoir, en reprend une partie des logiques. Depuis son arrivée au pouvoir il y a doublement des effectifs, passant de 400 à 800 agents armés. L’objectif est d’arriver à 1 600 agents d’ici 2033. Mais pour quelles missions ?

La police municipale dont le rôle est de faire de la « prévention », de s’occuper de la circulation et de la tranquillité publique, se retrouve armé et en situation de confrontation au point de faire feu mortellement lors d’un simple contrôle. Ce n’est pas un glissement mais une stratégie.

Et toute stratégie a des conséquences.

Plus d’agents armés, c’est plus d’interactions sous tension. Plus de contrôles. Plus de confrontations. Et mécaniquement, plus de risques de dérapage.

Ce qui s’est passé le 23 avril n’est peut-être pas une fatalité. Mais ce n’est pas non plus une surprise.

Alors la question doit être posée clairement, le Printemps marseillais assume-t-il les conséquences de sa politique sécuritaire ?

Peut-on à la fois revendiquer une identité « progressiste » et construire une police municipale armée, et plus proche des logiques de maintien de l’ordre ?

Sur le terrain, la réponse est brutale.

Dans les quartiers populaires, la défiance est profonde. Les habitants parlent d’interventions intrusives, disproportionnées, parfois violentes de la part de la police municipale. Ils parlent d’un climat de pression permanente.

Des rassemblements depuis des années dénoncent l’impunité et un racisme systémique notamment au sein de la police. Les mobilisations contre les violences policières, comme celles de la Porte d’Aix en 2023, n’étaient pas des accidents. L’onde de choc de l’affaire Nahel Merzouk a laissé des traces profondes, y compris à Marseille. Elles étaient des alertes. Elles n’ont pas été entendues. À Marseille, ce sentiment est amplifié par l’abandon des services publics au profit d’une présence policière accrue.

Quel choix de société est en train d’être fait ?

Le contraste est d’autant plus violent que, selon la cousine du jeune homme, une cellule psychologique a été mise en place pour les policiers, tandis que la famille se retrouve sans accompagnement ni informations. Là encore, le déséquilibre est flagrant.

De son côté, la famille lance un appel à témoins afin de recueillir des éléments utiles à la manifestation de la vérité, car malheureusement bien souvent les policiers ne sont pas condamnés.

Alors oui, une enquête est ouverte. Elle dira ce qu’il s’est passé. Peut-être.

Mais au-delà de cette affaire, une responsabilité politique est déjà là. Au lendemain d’une élection municipale, de nombreuses personnes se sont engagés dans le printemps marseillais, par peur de l’extrême droite, pourquoi pas ?

Mais il faut juste rappeler que dans le premier mandat municipal il n’y a pas eu de transformation en profondeur du rôle de la police municipale pourtant bien souvent critiqué par les marseillais racisées. Enfin s’il y a eu des changements, ils ne sont pas visibles. L’usage de la force est strictement encadré mais cela n’empêche pas les dérives. Les palpations et contrôles sont réglementés et ne doivent pas être arbitraires. Pourtant certains policiers abusent de leurs fonctions. Combien de fois en nous avons été témoins et malgré nos interventions les policiers municipaux ont continué sans nous répondre.

Donc, ici à Marseille, aujourd’hui après la mort de ce jeune homme, la mairie doit faire un choix entre plus de sécurité ou plus de prévention.

Jusqu’où la municipalité est-elle prête entre répression et prévention ?

 Là est la question.

Liens utiles

https://www.facebook.com/reel/801446756066720

https://www.mediapart.fr/journal/france/300426/mehdi-l-tue-par-un-policier-municipal-marseille-la-justice-ouvre-une-information-judiciaire

https://www.franceinfo.fr/faits-divers/a-marseille-un-homme-muni-d-une-arme-blanche-abattu-par-la-police-municipale_7959833.html

https://marsactu.fr/bref/enquete-ouverte-apres-le-deces-dun-homme-abattu-par-la-police-municipale/

Mise à jour :lundi 18 mai 2026
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