Dans le cadre du Festival Ciné-Palestine, la projection de deux films permet de faire le lien entre le Mouvement des Travailleurs Arabes (MTA), issu des Comités Palestine, et les luttes de libération palestiniennes. Cette séance aura lieu au Vidéodrome 2 le vendredi 29 mai 2026 à 19h.
« Palestine vaincra » est un mot d’ordre utilisé depuis plusieurs décennies dans les manifestations de soutien au peuple palestinien. Il exprime une affirmation politique de solidarité avec la lutte de libération de la Palestine et s’inscrit dans un registre internationaliste de soutien aux peuples en lutte contre le colonialisme et l’occupation. Ce slogan apparaît régulièrement dans les mobilisations en France et ailleurs, notamment lors de rassemblements contre la colonisation des territoires palestiniens et en solidarité avec les résistances palestiniennes. Il est associé à une tradition militante qui relie les luttes palestiniennes aux autres combats anticoloniaux et antiracistes dans le monde. Au-delà de sa dimension symbolique, « Palestine vaincra » fonctionne comme une formule de rassemblement, affirmant à la fois un soutien politique et une continuité historique des luttes de libération.
Palestine vaincra est aussi le titre du documentaire réalisé en 1969 par Jean-Pierre Olivier de Sardan. Le film revient notamment sur la bataille de Karameh en 1968, qui oppose l’armée sioniste israélienne à des combattants palestiniens, principalement issus de la résistance organisée autour du mouvement Fatah et avec le soutien de la population jordanienne locale. Ce documentaire retrace plusieurs décennies de résistance palestinienne face à la colonisation, à l’occupation et à l’exil imposé au peuple palestinien. À partir de témoignages, d’archives, de cartes et d’images militantes, il affirme la nécessité de la solidarité internationaliste et rappelle que la lutte palestinienne s’inscrit dans une histoire plus large de combats anticoloniaux à travers le monde.
Le documentaire Compter sur ses propres forces de Yannis Tritsibidas montre quant à lui les luttes des travailleurs immigrés en France au début des années 1970, notamment celles menées par le MTA. Ce mouvement s’inscrit dans l’histoire des luttes de l’immigration postcoloniale en France au début des années 1970. Né dans le prolongement des anciens Comités Palestine et des mobilisations ouvrières, il rassemble des travailleurs immigrés arabes organisés de manière autonome face au racisme, à l’exploitation et aux conditions de vie imposées dans les foyers, les usines et les quartiers populaires.
Cette dynamique militante prend une importance particulière au début des années 1970, marquée par la présence de travailleurs immigrés et par des tensions sociales importantes. En 1973, dans le sud de la France et plus particulièrement à Marseille, on assiste à une montée des violences racistes dans un contexte de durcissement politique et social. C’est dans cette période que s’intensifient les mobilisations contre plusieurs assassinats racistes, l’attentat contre le consulat d’Algérie, les discriminations et les conditions de travail imposées aux immigrés et à leurs familles.
Le MTA s’inscrit directement dans ces luttes. Il participe à l’organisation de mobilisations, de rassemblements et d’actions collectives en réponse aux violences subies, notamment après les assassinats de travailleurs immigrés comme Djellali Ben Ali et Gacem Ali, ainsi que du jeune Ladj Lounès, qui deviennent des symboles d’un racisme structurel et institutionnel. Ces événements contribuent à renforcer une conscience politique collective au sein des travailleurs immigrés et à affirmer la nécessité d’une auto-organisation autonome.
Dans ce contexte, à Marseille, en 1973 apparaît comme un moment charnière où les luttes immigrées gagnent en visibilité, où les solidarités se structurent entre mouvements ouvriers, organisations antiracistes et courants internationalistes, et où la question coloniale reste centrale dans l’espace social et politique. Les mobilisations de cette période constituent ainsi un moment important de l’histoire des luttes de l’immigration, celui d’une prise de parole politique autonome, inscrite dans une dynamique de résistance globale, où s’articulent antiracisme, lutte de classe et internationalisme.
Le MTA joue alors un rôle de jonction entre luttes sociales et luttes anticoloniales, notamment à travers son soutien actif à la Palestine et aux mouvements de libération nationale. Il relie ainsi les combats menés en France contre le racisme et l’exploitation aux luttes internationales contre l’oppression coloniale.
À travers cette programmation, le Festival Ciné-Palestine rappelle que les combats anticoloniaux, antiracistes et anticapitalistes sont indissociables. Des luttes des travailleurs immigrés dans les années 1970 aux mobilisations actuelles de soutien à Gaza, ces films font résonner des histoires de résistance collective face à l’oppression, à l’effacement et à la répression.
Alors que Gaza subit aujourd’hui une destruction massive, des bombardements continus, le déplacement forcé de populations civiles et une catastrophe humanitaire dénoncée par de nombreuses organisations internationales et acteurs du droit international comme un génocide en cours, cette programmation affirme la nécessité de maintenir des espaces de solidarité politique, de mémoire et de mobilisation. Face au silence, à la criminalisation des soutiens à la Palestine et aux tentatives d’effacement des récits palestiniens, le cinéma devient un outil essentiel de contre-information et de transmission.
Le cinéma apparaît ici comme une arme politique : un espace de mémoire, de résistance et d’organisation collective capable de faire circuler les récits des opprimés, de relier les expériences de lutte et de nourrir des fronts communs contre le colonialisme, le racisme et toutes les formes de domination.
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