Crimes racistes - Violence policière

L’affaire Théo Luhaka Sept ans de combat judiciaire

L’affaire Théo Luhaka, survenue le 2 février 2017 à Aulnay-sous-Bois en Seine-Saint-Denis, reste un symbole des tensions autour des violences policières en France.

Ce jour-là, quatre policiers de la brigade de sûreté de terrain contrôlent un groupe dans la cité de la Rose-des-Vents. Théo Luhaka, éducateur de 22 ans, intervient après avoir vu qu’un jeune avait été giflé par un policier. Il est alors plaqué au sol, gazé et frappé. Le policier Marc-Antoine Castelain utilise sa matraque télescopique et blesse gravement Théo provoquant une déchirure anale de 10cm. Il est ensuite menotté, humilié avec une photo au commissariat et transporté en urgence à l’hôpital, avec une incapacité totale de travail de 60 jours. Une caméra filme la scène, la vidéo est diffusée en 2018.

Les policiers affirment avoir maîtrisé un individu récalcitrant, niant toute intention de mutilation. Des insultes racistes comme "bamboula" et des coups supplémentaires sont rapportés par la victime, tandis que les agents évoquent une résistance violente.

Le parquet de Bobigny ouvre une information judiciaire pour "violences volontaires en réunion par personnes dépositaires de l’autorité publique". Un policier est mis en examen pour viol, les trois autres pour violences aggravées, tous sont suspendus par Bruno Le Roux, ministre de l’Intérieur.

Les expertises médicales divergent. En février 2018, une expertise constate une blessure "péri-anale" sans pénétration ce qui tend à remettre en cause le constat de viol. En août 2019, une autre expertise constate des lésions sphinctériennes irréversibles en "relation certaine et directe" avec l’interpellation, nécessitant un suivi médical à vie.

En novembre 2020, la Défenseure des droits, Claire Hédon, dénonce l’intervention injustifiée, les violences disproportionnées, l’usage illégal de gaz lacrymogène et des faux dans les rapports policiers. Elle réclame des sanctions disciplinaires, limitées à deux blâmes.

La juge renvoie trois policiers devant les assises de Seine-Saint-Denis pour "violences volontaires avec circonstances aggravantes", Marc-Antoine Castelain pour "violences ayant entraîné une mutilation ou infirmité permanente". Le parquet avait écarté le viol.

Du 9 au 19 janvier 2024, la cour reconnaît les violences mais rejette l’infirmité permanente comme circonstance aggravante au sens criminel. Marc-Antoine Castelain est condamné à 12 mois de prison avec sursis et interdiction d’exercer sur la voie publique pendant 5 ans. Jérémie Dulin et Tony Hochart ont eu 3 mois avec sursis.

Théo Luhaka déclare : « Je suis handicapé à vie, et la justice n’a pas reconnu l’infirmité permanente ».

L’affaire a provoqué des émeutes à Bobigny, Paris, Marseille, Rouen et Nantes, avec interpellations massives. Le 18 février, 2 300 manifestants défilent à Paris à l’appel d’associations antiracistes et du syndicat de la magistrature.

Des soutiens publics de célébrités se sont manifestés, notamment Omar Sy, Youssoupha, Imany ou Mathieu Kassovitz. Une tribune de 40 artistes est publiée dans Libération.

Un syndicaliste policier juge le terme « bamboula » convenable ce qui est condamné par le ministre Bruno Le Roux.

L’affaire devient un symbole international des violences policières. L’ONU mandate des experts pour Théo Luhaka, Adama Traoré et François Bayiga. Les débats sont récurrents sur le racisme policier, notamment les contrôles au faciès. On peut citer aussi ici les violences policières contre Michel Zecler en novembre 2020 ou la mort du jeune de 17 ans, Nahel Merzouk, provoquée par le tir à bout portant d’un policier le 27 juin 2023.

 

Affaires connexes au commissariat d’Aulnay

 2008 : Le commissaire Christian R. condamné à un an de prison avec sursis pour non-empêchement de délit (policier place un enjoliveur entre les fesses d’un contrevenant).

https://www.ledauphine.com/france-monde/2017/02/14/le-commissaire-d-aulnay-condamne-pour-l-affaire-de-l-enjoliveur

 25 janvier 2017 : Mohamed K. violenté par Castelain ("Barbe rousse"), insultes racistes, 5 jours ITT. IGPN saisie.

 30 janvier 2017 : Djamel D., employé communal, interpellé violemment par la BAC (5 jours ITT). Deux commissariats refusent sa plainte.

 Drancy, 29 octobre 2015 : Alexandre subit plaie anale de 1,5 cm par police municipale, requalifié en viol.

Couverture médiatique controversée

Libération défend sa couverture, la vidéo connue dès 2017, ne change pas le fond.

Le Monde analyse « la démonstration implacable d’une lourde série de manquements policiers et comportements contraires à la déontologie à tous les niveaux ». 

Mise à jour :mardi 24 février 2026
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